© Boubacar Sissoko

Auteur : Amadou Baba Sissoko

Le slam et le théâtre sont des disciplines artistiques qui gagnent de plus en plus de terrain au sein de la jeunesse malienne. Voice4Thought Académie (V4TA) crée désormais un tremplin en donnant la parole à cette couche à travers le slam et le théâtre pour mieux sensibiliser et informer. 

Le slam et le théâtre contribuent au développement des compétences de la jeunesse. Ils facilitent la prise de parole  et favorisent la prise de position des citoyens vis-à-vis des problèmes de leurs cités. Ils sont aussi vus comme un moment de de partage entre junior et sénior. V4TA utilise ces formes artistiques comme outil de communication : sensibilisation, information et alerte. Les textes slam et les pièces de théâtre au sein de V4TA sont créés à partir des résultats de recherche. C’est donc dans ce cadre que, du 07 au 16 juin 2021, Bamako a abrité un atelier de formation en slam/théâtre avec les coachs en expressions artistiques des huit antennes de V4TA sous la direction du responsable des Expressions Artistique, Amadou Baba Sissoko.

À l’entame, l’animateur s’est présenté aux coachs et a expliqué la méthodologie de travail. Il a ensuite insisté sur le caractère participatif de l’atelier en exhortant chacun à partager son expérience pour en faire profiter aux autres. Le décor étant planté, l’atelier a débuté avec la méthodologie d’animation d’un atelier slam, dans le but de former les coachs sur les techniques d’animation d’un atelier slam/théâtre. Cette séance est répartie en 5 séances: découverte, construction, approfondissement, interprétation, et finalisation. 

Découverte : Cette première séance est axée sur l’historique du Slam et du théâtre.
Le slam vient de l’argot américain, (to slam the door) qui signifie « claquer la porte ». Selon les contextes, il revêt d’autres sens : au basketball le slam dunk est un smash spectaculaire ; au baseball on fait un slam lorsqu’on projette la balle hors des limites du terrain ; dans certains concerts, faire un slam consiste à monter sur la scène pour ensuite se jeter dans le public. Il n’existe à priori aucun équivalent en français, mais la combinaison des différentes définitions américaines pourrait donner : monter sur scène pour projeter des mots qui claquent. Le Slam est l’art de manier la voix, le mouvement et le rythme et crée une poésie forte et grave à l’aide des mots. La scène slam est aussi le lieu où se rencontrent différents poètes sous forme de concours oratoire seul compte la performance. 

Né aux États-Unis au début des années 1980, et popularisé par le film éponyme de Marc Levin en 1998 aux Etats-Unis, le slam a suscité rapidement un engouement médiatique qui lui permet de se propager dans le monde entier. Il apporte un renouveau à la poésie orale et met en valeur l’art de la performance poétique.

Quant au théâtre, il est un genre littéraire qui expose une action dramatique sous forme de dialogue entre les personnages. Le théâtre est écrit pour être représenté, plutôt que pour être lu. Il suppose des acteurs, des costumes, des décors, un public. La présence du public au théâtre peut impliquer une situation d’énonciation particulière : un personnage censé s’adresser à un autre personnage sur la scène, peut en fait dans le même temps s’adresser au public.

Cette première séance consistait en un renforcement de capacités des jeunes coachs sur le  slam et le théâtre, elle se termina par des jeux d’écritures permettant aux coachs de s’introduire et de mieux s’investir dans l’écriture slam et théâtre.

Construction : Elle consiste à faire d’abord un rappel des acquis de la séance précédente, ensuite à l’initiation des participants à la construction d’un texte de slam et théâtre. Cette phase a donné aux participants  des techniques d’écriture d’un texte slam et d’une pièce de théâtre, du sujet jusqu’à la structuration d’un texte.

Ensuite la notion de thème est abordée (synthèse pour un thème). Chaque participant devait trouver un sujet pour son texte principal (slam et théâtre). Un thème commun sur l’insécurité a été retenu afin de stimuler une création de groupe.Cette partie a pris un peu plus de temps que les autres, puisqu’elle demande l’inventivité et la confiance des participants. Une fois les thèmes trouvés, des objectifs sur les structures techniques d’un texte classique: paliers de quatrains en quatrains en intercalant des lectures toutes les huit mesures à peu près pour le slam. Divers thèmes ont été abordés ensuite, tels que, le chômage, le problème d’accès à l’eau potable, l’orpaillage, la violence basée sur le genre, la corruption. Les participants ont  travaillé  sur les  thématiques de leur choix. Ensuite il a été question de l’élaboration du champ lexical d’un texte à travers un jeu d’écriture “la banque de mots” qui consiste à réunir les  mots, groupe de mots ou idées pouvant avoir un lien avec le thème. 

Il a été aussi question d’écriture théâtrale, et un schéma a été proposé aux participants leur permettant d’écrire une pièce de théâtre. On n’a d’abord commencé par la définition du théâtre et la découverte de quelques types de théâtre. 

Pour la technique d’écriture d’une pièce théâtrale, il s’agissait de savoir qu’est-ce qu’un script ou scénario théâtral, les différentes parties d’une pièce de théâtre (titre de la pièce de théâtre, personnages, didascalie, actes, scènes, cadre, dialogues et monologues) et les caractéristiques d’une pièce de théâtre (structure cohérente, détails scénographiques concrets, dialogues clairs et l’action des personnages).

Pour la pratique théâtrale, quelques exercices nous les ont aidés à forger l’image du comédien en eux. Comme se faire comprendre (articulé), se faire entendre (porter sa voix), s’exposer aux regards (ne pas se cacher), et comment rendre son personnage, son discours vivant et construire son discours, son improvisation, sa scène, pour susciter l’intérêt du public.

Un exercice de groupe sur le thème de la paix a permis de mieux comprendre le processus.Un texte de slam a été écrit pour cela.

Soldat de la paix!

Ils ont pris les armes
Et nous les tam-tams
Le sang est versé pour la paix
Après la guerre, l’arme se tait
Il est facile de faire la guerre
Il suffit de quelques balles
Pour avoir la paix, il faut conquérir les cœurs
Il faut du temps pour oublier le mal
Tous au cantonnement
Et soyez très prudents
Protéger les hommes est une tâche noble
Alors soyez braves et responsables
Vous devez ceindre vos ceintures
Préparez vos montures
Et soyez prêt pour l’aventure
Pas de place aux ratures
Un soldat doit répandre l’amour
Et non propager la haine
Un soldat doit protéger la vie humaine
Alors sachez que votre fardeau est lourd

Un jour de paix
Rien qu’un seul jour de paix
Où tous nous serons assis sous la case de grand-père
Tous, nous cesserons le feu
Un jour où les armes du malheur vont se taire

Ce jour les enfants iront à l’école
Sans la peur des tremblements du sol
Ce jour les mères iront aux marchés
Elles ne resteront plus cachées

Nous jouerons le tam-tam
Pendant que les armes brûlent sous les flammes
Les sourires pourront sortir de leur cachette
Plus personne n’appuiera sur la gâchette

C’est un jour d’unité
Où nous fêterons la fraternité
Les frères de toutes les couleurs
Seront assis sur la même terre

Approfondissement : Comme lors de la deuxième séance, l’atelier débute par une relecture (personnelle puis sur scène) des textes produits avec cette fois ci un retour critique pour chaque participant mettant aussi bien en valeur les points faibles que les points forts de l’interprétation. Un jeu de concentration était jugé utile avant ce tour de lecture (déstabilisation ou du rire aux larmes). Ensuite les textes sont achevés, corrigés, remodelés selon les besoins de chacun en alternant de temps en temps avec des jeux scéniques (la carte des sensations, le chapeau, etc.). Une dernière lecture est faite avec des retours de l’animateur et des participants.

Cette séance marquait le début de la phase pratique: les émotions, sensations ont été développé à travers un jeu appelé la carte de sensation qui consiste à exprimer des sensations par le geste devant trois bouts de papier portant trois émotions (joie-tristesse-colère) et le jeu scénique.

Interprétation: Acquis de la séance précédente : « concentration » / « transmission des sentiments » Cette séance était axée sur la mise en oralité du texte, il était important de commencer par des jeux de concentrations (déstabilisation, du rire aux larmes). Reprendre ensuite les différents jeux scéniques réalisés (porte-voix, mime marceau, le crayon dans la bouche, la carte des sensations) à travers des lectures répétées du texte en signalant les progrès accomplis, surtout de voir la mise en scène et les jeux d’acteurs pour le théâtre et les défauts restants à travailler. La séance a pris fin avec un jeu qui décrochait complètement du texte afin de ne pas s’en écœurer (l’histoire qui n’existait pas). Au cours de cette étape, il était aussi crucial d’insister sur la conviction dans le texte et son interprétation.

Finalisation: Acquis de la séance précédente : « rythme » / « occupation de l’espace scénique » Cette dernière séance dépendait des objectifs de restitution de l’atelier. Comme était prévu une représentation publique avec les coachs en technique de recherche, il s’agit surtout des derniers réglages comme la préparation au Micro (si besoin) ou une simple relecture critique dont le but est  de dynamiser les participants afin de dissiper les 15 minutes dernières angoisses précédant le passage sur scène. Il a été jugé nécessaire de travailler sur les résultats des recherches effectuées par les coaches en technique de recherche dans un slam théâtralisé dont le titre est ‘Des motos taxi pimentent la circulation à Bamako’. Ce slam théâtralisé était un mélange de slam, de théâtre (comédie et tragédie) et de la musique dans une représentation unique et interprétée par les coachs en Expression Artistique. 

Les comédiens sur scène. © Voice4Thought Académie

Cet exercice était l’occasion de revenir sur le travail des dernières séances afin d’en évaluer l’impact sur chacun. En tout cas, à ce stade de l’atelier, chaque participant devrait posséder un texte, un couplet, une chanson, un poème écrit, maîtrisé et interprété.

Le dernier jour a été mis à profit par l’animateur pour donner des conseils, des astuces et pour corriger les lacunes constatées lors de la représentation. La lumière a été mise sur les métiers annexes du théâtre et du slam. Plusieurs participants sont déjà comédiens, musiciens ou slameurs, ou animateurs culturels à la base, chose qui a rendu la transmission et la compréhension faciles. Cet atelier de slam/théâtre a été soldé par une série de répétitions sur les textes et surtout sur la technique de de transmission de ces acquis à d’autres jeunes des cercles

Ces ateliers ont été un véritable moment de partage d’expériences entre coachs et participants qui n’ont ménagé aucun effort pour la réussite des travaux r aussi enrichissants que prometteurs.